03/04/2025
Rouffach, charmante cité alsacienne nichée au cœur du Haut-Rhin, dévoile un passé riche et complexe qui s'étend sur plusieurs millénaires. De ses origines gallo-romaines à son rôle durant les conflits mondiaux du XXe siècle, Rouffach a été témoin de nombreux événements marquants qui ont façonné son identité. Plongeons ensemble dans l'histoire fascinante de cette ville, à la découverte de ses secrets et de son patrimoine exceptionnel.

- Aux Origines de la Cité: De Rubeacum à Rouffach
- Rouffach au Moyen Âge: Entre Pouvoir Épiscopal et Légendes Féminines
- L'Époque Moderne: Renaissance et Rattachement à la France
- Rouffach à l'Épreuve des Siècles: De la Révolution aux Guerres Mondiales
- Le Blason de Rouffach: Un Symbole d'Histoire et d'Identité
- Conclusion: Rouffach, une Ville au Passé Vivant
Aux Origines de la Cité: De Rubeacum à Rouffach
L'histoire de Rouffach commence dès la Préhistoire. La région, favorisée par un climat clément, des terres fertiles et la présence de cours d'eau comme l'Ohmbach et la Lauch, a attiré les hommes depuis le Néolithique (-6000). Des vestiges datant de l'âge du bronze et du fer attestent également d'une présence humaine continue dans la région.
Cependant, c'est durant la période gallo-romaine que Rouffach prend véritablement forme. Un vicus romain, vaste exploitation agricole, est implanté, et des vestiges du Ier siècle témoignent de l'importance de cette agglomération. Une villa romaine et des thermes, ornés de fresques et de mosaïques remarquables, ont été découverts sur la place de la République, vestiges aujourd'hui visibles au musée du Bailliage. À cette époque, la cité est connue sous le nom de Rubeacum (ou Rubeaquum), un nom dérivé du latin signifiant « eau rouge », probablement en référence aux sédiments ferreux de couleur rouge présents dans l'Ohmbach. D'autres hypothèses suggèrent une origine gallo-romaine avec « Rubiacu », combinant le prénom « Rubbius » et le suffixe « acu ». Le nom de la ville évoluera au fil des siècles, traversant les âges sous différentes formes: Pagus Rubeacus, Vicus Ruvacha, Rubiacum, Civitas Rubiacensis, Ruvach, pour finalement devenir Rouffach.
Rouffach au Moyen Âge: Entre Pouvoir Épiscopal et Légendes Féminines
Après les grandes invasions barbares (IVe-VIe siècles), Rouffach devient un lieu de résidence privilégié pour les rois d'Austrasie. Ils y font construire le château d'Isenbourg, une résidence palatiale dominant la cité. En 662, un événement majeur marque l'histoire de Rouffach: le roi d'Austrasie Dagobert II cède la ville à l'évêque de Strasbourg, Arbogast. Cette donation, selon la légende, est un geste de gratitude envers l'évêque qui aurait miraculeusement sauvé le prince Sigebert, fils du seigneur local, d'un accident de chasse.
Rouffach devient alors la capitale administrative des possessions de l'évêque de Strasbourg en Haute-Alsace, le Haut-Mundat. Un bailli, représentant de l'autorité épiscopale, est chargé de la gestion de la ville et de la seigneurie et réside au château d'Isenbourg. Il est important de noter que, malgré cette domination épiscopale, la paroisse de Rouffach reste sous l'autorité spirituelle de l'évêché de Bâle.
L'Épopée des Femmes de Rouffach
Le Moyen Âge rouffachois est également marqué par une légende locale, celle des femmes de Rouffach. On raconte qu'en 1106, le roi germanique Henri V, séjournant au château d'Isenbourg, enleva une jeune fille de la ville. Face à l'inaction des hommes de Rouffach, la mère de la jeune fille rassembla les femmes de la cité. Armées d'outils agricoles transformés en armes improvisées (faux, fourches, fléaux), ces femmes courageuses prirent d'assaut le château. Surpris par cette attaque audacieuse, Henri V et sa suite s'enfuirent vers Colmar. Les Rouffachoises libérèrent la jeune fille et s'emparèrent des attributs royaux (couronne, sceptre, orbe), qu'elles déposèrent sur l'autel de l'église Notre-Dame. En mémoire de cet événement, une tradition locale, encore perpétuée aujourd'hui, attribue aux femmes de Rouffach le côté droit de la nef de l'église Notre-Dame, traditionnellement réservé aux hommes.
Fortifications et Développement Urbain
L'année 1106, année de l'épopée des femmes de Rouffach, coïncide également avec la décision d'agrandir la première enceinte de la ville, initialement une simple palissade de bois autour de l'église. Rouffach devient ainsi l'une des rares villes à être fortifiée dès les XIe et XIIe siècles. Ces fortifications se révèlent cruciales lorsque, en 1198-1199, Philippe Duc d'Alsace et de Souabe ravage la cité. Malgré ces épreuves, Rouffach se relève grâce à son commerce florissant. En 1238, la ville affirme son autonomie vis-à-vis de l'évêque de Strasbourg en se dotant d'un conseil municipal, obtenant ainsi le statut de ville. Signe de prospérité, l'Ordre teutonique installe sa commanderie d'Alsace-Bourgogne à Rouffach, et une communauté franciscaine s'établit dans la ville en 1250. La cité atteint alors sa taille maximale et se dote d'une nouvelle enceinte.
Vers la fin du XIIIe siècle, Rouffach est assiégée par Adolphe de Nassau, roi des Romains. La ville résiste et repousse l'assaillant grâce à ses fortifications, qui sont renforcées et étendues au château d'Isenbourg en 1380. Aujourd'hui, seul le mur d'enceinte intérieur et une des six tours, la « tour des sorcières », témoignent de ces fortifications médiévales.
Guerres et Épidémies: Les Épreuves du Bas Moyen Âge
La guerre de Cent Ans (1337-1453) marque une période sombre pour Rouffach. En 1444, les Armagnacs, mercenaires démobilisés, pillent la ville malgré ses fortifications. Les épidémies, notamment la grande peste noire du XIVe siècle et ses récurrences, déciment également la population. Les efforts se concentrent sur la lutte contre ces fléaux, dont l'insalubrité de certaines habitations est considérée comme une cause majeure.

L'Époque Moderne: Renaissance et Rattachement à la France
La Renaissance: L'Âge d'Or de Rouffach
Les XVe et XVIe siècles marquent la Renaissance de Rouffach. La ville s'enrichit et attire de nombreux nobles, ministériels, communautés religieuses et corporations, contribuant à son essor culturel et économique. De magnifiques maisons de style Renaissance, souvent ornées d'oriels, témoignent encore de cette période faste. Rouffach devient un important centre humaniste grâce à l'école latine du couvent des Récollets, qui forme des érudits renommés tels que Jodocus Hahn dit Gallus, Conrad Kürschner dit Pellicanus, Conrad Wolfhart dit Lycosthènes et Materne Berler.
La Guerre de Trente Ans et le Rattachement à la France
La guerre de Trente Ans (1618-1648) apporte de nouvelles épreuves. En 1629, une épidémie de peste frappe Rouffach. En 1632, face à l'avancée des Suédois, et après la chute de Sélestat et Colmar, Rouffach capitule sans combattre. Entre 1632 et 1648, la ville connaît une période de grande précarité, passant sous domination suédoise, française et lorraine, et subissant de nombreux pillages. Le massacre de prêtres par les soldats suédois, commémoré par une plaque dans le chœur de l'église Notre-Dame, reste gravé dans la mémoire locale. À la fin de la guerre, Rouffach est ruinée et retourne sous l'autorité de l'évêque de Strasbourg.
En 1663, Rouffach est rattachée au royaume de France de Louis XIV. Une longue période de paix s'ensuit, interrompue brièvement en 1674-1675 par le passage des troupes impériales et de Turenne. En 1755, Rouffach voit naître François-Joseph Lefebvre, futur Maréchal d'Empire et Duc de Dantzig sous Napoléon.
Rouffach à l'Épreuve des Siècles: De la Révolution aux Guerres Mondiales
La Révolution Française et le XIXe Siècle
La Révolution française de 1789 marque un tournant. Le 1er février 1790, les premières élections municipales ont lieu, et Rouffach devient une municipalité dirigée par un maire républicain, Ignace Voches. De capitale administrative du Haut-Mundat, Rouffach est réduite à un simple chef-lieu de canton.
Au XIXe siècle, malgré l'implantation d'une entreprise textile en 1808 et l'essor de la manufacture d'orgues Callinet, Rouffach conserve son caractère agricole et viticole. Les derniers grands travaux datent de ce siècle: les fossés sont comblés, et l'architecte Maximilien Mimey entreprend la surélévation des tours de la façade de l'église. Seule la tour nord sera achevée, la construction de la tour sud étant interrompue par la guerre de 1870. Suite à la défaite française, l'Alsace-Moselle est annexée à l'Empire allemand. De grands travaux sont entrepris entre 1870 et 1914, notamment la construction d'un nouveau lycée agricole et d'un hôpital psychiatrique départemental, inaugurés en 1909.
Les Conflits du XXe Siècle: Guerres Mondiales et Libération
Rouffach subit peu de destructions matérielles durant la Première Guerre mondiale, mais déplore 66 victimes, dont 3 civiles. Redevenue française en 1918, l'Alsace est à nouveau annexée par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Rouffach est soumise au régime nazi: germanisation forcée, interdiction du français, expulsion des juifs et étrangers, travail obligatoire, incorporation de force dans la Wehrmacht (Malgré-nous). 77 Malgré-nous rouffachois tombent au combat. Le 5 février 1945, Rouffach est libérée par les blindés du 4e régiment de spahis marocains et de la 12e division blindée américaine, qui font leur jonction au centre-ville avant de poursuivre leur avancée vers l'Allemagne. Le monument aux morts sur la place de la République rend hommage aux victimes rouffachoises des dernières guerres.
Le Blason de Rouffach: Un Symbole d'Histoire et d'Identité
Le blason de Rouffach, « D'azur à la Vierge de carnation assise sur un trône d'or, vêtue de gueules et d'azur, tenant de sa main droite une haute fleur de lys d'or, la tête couronnée et entourée d'une gloire de même, sur ses genoux l'Enfant bénissant de carnation, au nimbe crucifère d'or, un écusson de gueules à la bande d'argent brochant en pointe », est un résumé héraldique de l'histoire et de l'identité de la ville. Il témoigne de son héritage religieux et de son appartenance à l'Alsace.
Conclusion: Rouffach, une Ville au Passé Vivant
Rouffach, avec son riche passé, est une ville où l'histoire est palpable à chaque coin de rue. De ses vestiges romains à ses maisons Renaissance, en passant par ses fortifications médiévales, Rouffach offre un voyage captivant à travers le temps. Son histoire, marquée par des légendes, des épreuves et des moments de gloire, continue de façonner son identité et d'attirer les visiteurs curieux de découvrir les secrets de cette cité alsacienne.
